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Asa soratra - Textes écrites

Gen Z Madagascar et la lutte des classes : du « One Piece » à la Révolution démocratique nationale ?

La jeunesse a chassé Rajoelina du pouvoir, mais qui construira le véritable pouvoir des travailleurs malgaches ?

En octobre 2025, la révolte populaire a retenti dans les rues d’Antananarivo et des grandes villes de Madagascar. Des milliers de jeunes, un drapeau noir orné d’un crâne de pirate et d’un satro-bory brandi haut, ont transformé le symbole de One Piece en étendard de leur génération.

Le régime d’Andry Rajoelina n’a pas supporté la colère d’une jeunesse qui refuse de mourir sans eau ni électricité, tandis que les oligarques locaux et les impérialistes continuent de s’emparer des richesses du pays.

La Gen Z malgache a accompli l’impensable : elle a mobilisé des villes entières lors des soulèvements de septembre-octobre 2025, a fait fuir le président et a imposé une transition. Pourtant, en avril 2026, la réalité est amère. Les arrestations d’activistes se multiplient, comme celles de plusieurs jeunes de la Gen Z 261 qui réclamaient la dissolution de l’Assemblée nationale et des institutions du rafitra maty, ou celle du colonel Patrick Rakotomamonjy qui dénonçait les rumeurs de pratiques mafieuses au sein du palais. La répression s’intensifie sous couvert de « maintien de l’ordre », tandis que les concertations nationales de la « Refondation » se transforment en une simple consultation où le peuple est invité à s’exprimer, mais où ce sont toujours les mêmes qui décident.

L’État néocolonial n’a pas changé de mains : il a simplement été réapproprié par une nouvelle fraction de la bourgeoisie.

Pourquoi ? Parce que renverser un homme ne signifie pas changer le mode de production. Changer de président ne modifie pas la nature de classe du pouvoir, à moins que celui-ci ne passe réellement aux mains des travailleurs et des paysans.

Du drapeau pirate au pouvoir ouvrier malgache : voilà le chemin que les marxistes-léninistes proposent aujourd’hui à la jeunesse révolutionnaire.

1. Critique de la spontanéité de la Gen Z

La révolte de septembre-octobre 2025 n’est pas le fruit du hasard. Elle est survenue en raison des coupures d’eau et d’électricité chroniques gérées par la JIRAMA, qui ont plongé des quartiers entiers dans l’obscurité et sans eau pendant des semaines. Les jeunes d’Antananarivo, d’autres villes et de la diaspora ont dit : « let’s go ! » Assez de vivre sans lumière, sans eau et sans avenir, alors que les factures explosent et que les oligarques se gavent !

La spontanéité en action.

Son caractère décentralisé et leaderless. Grâce à Facebook, TikTok, Discord et Signal, la Gen Z a coordonné des actions rapides, créatives et massives sans attendre l’autorisation d’aucun parti ou syndicat traditionnel. Les drapeaux noirs ornés d’un crâne de pirate et d’un satro-bory sont devenus le symbole parfait : liberté, combat contre un régime corrompu (pour nous, néocolonial), et surtout, solidarité d’équipage, à l’image de Luffy et de ses nakama.

Des milliers de jeunes — étudiants, chômeurs, travailleurs informels et précaires des quartiers populaires (Ambohipo, Ankatso, Anosibe, Andravoahangy …) — ont investi les rues. Il s’agissait plus ou moins d’un mouvement du prolétariat et du semi-prolétariat urbains, c’est-à-dire de la force productive du pays, frustrée par l’arrêt de son développement.

Cette spontanéité a permis d’obtenir une victoire rapide et inattendue : faire fuir Rajoelina, imposer une transition et montrer que la jeunesse malgache n’est plus passive. Je leur adresse un respect total pour leur courage.

La spontanéité en fuite en avant.

Sans aspiration à assumer le pouvoir politique, au-delà du slogan « Miala p#ry Rajoelina ! », et sans direction révolutionnaire consciente, le mouvement est resté à mi-chemin. L’alliance temporaire avec une fraction de l’armée, notamment le CAPSAT, a permis de faire tomber l’ancien président, mais elle a également ouvert la porte aux militaires ainsi qu’aux vieilles élites de l’opposition molle, sans oublier certains éléments de l’ancien régime qui se sont soudainement « repentis ».

Résultat : six mois plus tard, en avril 2026, on assiste à une « refondation » qui réprime les activistes de la Gen Z, arrête ceux qui réclament davantage (comme plusieurs membres de la Gen Z 261 ou le colonel Patrick Rakotomamonjy qui dénonçait les mafias), et transforme les concertations nationales en un simple théâtre de consultation.

Lénine nous avait prévenus :

« Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire… »

La colère est indispensable. Mais elle ne suffit pas. Sans une analyse scientifique du mode de production néocolonial, de la dépendance impérialiste et de la contradiction entre les richesses du pays et la misère du peuple, la révolte finit toujours par être récupérée. C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui.

La Gen Z a prouvé sa force. Il est temps de passer à l’étape supérieure : transformer cette énergie en une organisation consciente et résiliente.

2. Du “One Piece” à la conscience de classe

Le drapeau noir orné d’un crâne de pirate et de deux tibias entrecroisés n’est pas apparu par hasard dans les rues malgaches. Il exprime quelque chose de profond chez la Gen Z.

Dans One Piece, Luffy et son équipage luttent contre un « Gouvernement Mondial » tyrannique, contre l’injustice, pour la liberté et pour protéger leurs nakama. Ils refusent de se soumettre, même quand tout semble perdu. Ce récit résonne énormément chez les jeunes Malgaches : il transforme la colère en rêve de justice, la solitude en solidarité et la révolte en grande aventure collective. Le satro-bory sur le drapeau pirate, c’est notre façon de dire : « Nous aussi, nous sommes un équipage. Nous aussi, nous refusons ce monde pourri. » Ironiquement, ce même drapeau a servi à renverser le régime communiste du Népal.

C’est une métaphore puissante.

Mais c’est encore une métaphore instinctive, pas une analyse scientifique. Le manga reste dans le domaine de l’imaginaire. Il permet de rêver la révolte, mais il ne dit pas comment construire le pouvoir une fois le tyran tombé.

C’est là que le marxisme-léninisme entre en jeu.

Le marxisme ne nous offre pas un simple rêve : il nous fournit une arme théorique. Grâce au matérialisme historique, on comprend que la misère à Madagascar n’est ni une fatalité, ni une question de « mauvaise gouvernance » ou de « malédiction ». C’est le résultat logique d’un mode de production néocolonial.

  • Nos richesses (nickel, cobalt, terres rares, vanille, potentiel pétrolier, sable minéral, etc.) sont pillées par les multinationales et leurs complices locaux, tandis que les populations sont souvent chassées de leurs terres.
  • La dette extérieure nous enchaîne et permet aux puissances étrangères d’imposer leurs politiques.
  • L’agriculture, qui emploie près de 80 % de la population, reste tournée vers l’exportation, alors que les paysans ont du mal à se nourrir eux-mêmes.
  • La JIRAMA est en ruine parce que l’État sert les intérêts privés au lieu de planifier pour le peuple.

L’histoire de Madagascar nous le confirme.

En 1947, le peuple s’est soulevé contre le colonisateur français. En 1971, les paysans du sud se sont révoltés contre l’exploitation coloniale maintenue par la première république. En 1972, la jeunesse et les travailleurs ont renversé le régime néocolonial de Tsiranana. À chaque fois, le courage et la spontanéité étaient présents, mais sans structure et direction révolutionnaire claire, ni alliance solide entre ouvriers, paysans et intellectuels, les victoires ont été confisquées par les élites.

La Gen Z de 2025 suit le même chemin : elle a la fougue de Luffy, mais elle a besoin d’une analyse de classe et d’une organisation léniniste pour que son équipage ne se disperse pas et ne soit pas récupéré.

Passer du drapeau pirate à la conscience de classe, ce n’est pas renoncer au rêve. C’est lui donner les outils nécessaires pour qu’il devienne réalité.

3. Vers la révolution nationale démocratique.

Lorsque les classes populaires refusent de construire leur propre pouvoir, ce sont les putschistes, les oligarques ou les élites « repenties » qui s’en emparent.

Mais attention, camarades, il ne s’agit pas de passer directement au socialisme. Madagascar est un pays néocolonial, dominé par l’impérialisme et marqué par des vestiges de semi-féodalité dans les zones rurales. L’étape immédiate est la révolution nationale démocratique. Son contenu est le suivant :

  • Briser l’alliance entre la bourgeoisie compradore locale et l’impérialisme (France, États-Unis, etc.).
  • Nationaliser les ressources minières, l’eau, l’électricité et les terres stratégiques, sous contrôle populaire et non sous contrôle d’un État bourgeois rénové ;
  • Réaliser une réforme agraire : les terres aux paysans, sans exproprier les petits exploitants, et mettre fin aux accaparements.
  • Établir une dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie (fanjakan’ny madinika) : il s’agit d’un régime de classe dans lequel les travailleurs et les paysans détiennent le pouvoir politique par l’intermédiaire de leurs comités, tout en réprimant la résistance des oligarques et des impérialistes.

Ce n’est pas encore le socialisme (la petite propriété privée paysanne n’est pas encore complètement disparue et la planification n’est pas encore totalement centralisée), mais c’est la seule porte d’entrée vers le socialisme.

Quelles organisations de base comme l’embryon du pouvoir populaire malgache ?

Les soviets ne sont pas créés de toutes pièces. Ils naissent organiquement de la lutte elle-même, comme ce fut le cas en Russie entre 1905 et 1917 ou dans les conseils d’usine italiens défendus par Gramsci. Ce sont des créations spontanées des travailleurs lorsqu’ils passent à l’action collective, à l’image des comités de grève qui deviennent des organes de pouvoir.

Pour faire simple, on pourrait les appeler komitim-bahoaka ou filankevi-bahoaka, ou, si l’on s’en tient à la tradition révolutionnaire malgache, les KIM (Komity Iombonan’ny Mpiasa), c’est-à-dire des conseils élus directement par les travailleurs, les jeunes, les paysans et les classes subalternes.

Concrètement, cela signifie aujourd’hui :

  • Comités de quartier dans les fokontany pour gérer collectivement l’eau, l’électricité, la sécurité et l’entraide.
  • Comités d’usine et de travailleurs dans les entreprises, les ports, les zones franches et les mines.
  • Comités paysans dans les campagnes.
  • Une coordination nationale de tous ces comités constituerait un embryon de pouvoir populaire.

Mise en garde : ces comités ne doivent pas attendre l’autorisation de la « Refondation ». Ils doivent émerger dès à présent, dans le cadre de la lutte quotidienne.

Le parti d’avant-garde et les comités de bases : articulation concrète

Le Parti communiste kényan nous l’enseigne. Ni spontanéisme (le parti ne se dissout pas dans les comités), ni sectarisme (le parti n’est pas implanté, mais il dirige). La ligne léniniste est claire :

  • Le parti est l’avant-garde : il élabore la théorie, forme les cadres et propose la ligne politique générale. Il ne se substitue pas aux comités.
  • Les comités sont l’expression de la base du pouvoir populaire : élus par les travailleurs sur leur lieu de travail ou de vie, ils sont révocables à tout moment et disposent de mandats impératifs.
  • Le parti lutte au sein des comités pour faire prévaloir son programme, par la persuasion et l’exemple, et non par l’ordre.
  • Les cellules du parti sont implantées au sein des comités, des usines, des casernes et des quartiers, mais ne dirigent pas à la place des assemblées populaires.

Concrètement, un militant marxiste-léniniste ne dit pas : « Le parti va créer un comité. » Il dit plutôt : « Les travailleurs d’Ambohipo, avez-vous déjà formé un comité de quartier pour l’eau ? Nous venons avec des propositions, des analyses et des formations. C’est vous qui décidez souverainement. »

L’alliance ouvriers-paysans : le cœur de notre stratégie

Madagascar compte 80 % de ruraux. Sans les paysans, pas de révolution. La jeunesse urbaine a montré sa force, mais elle ne peut pas gagner seule.

Voici ce que nous proposons concrètement pour les campagnes :

  • La création de comités paysans par fokontany pour lutter contre l’accaparement des terres (par les sociétés minières, les exploitants de bois précieux ou l’agrobusiness) ; Objectifs : occupation des terres spoliées, refus des expulsions et cartographie populaire des terres.
  • Création de coopératives de production et de commercialisation pour contrer l’emprise des intermédiaires (les tompon-draharaha qui achètent la vanille, le litchi et le riz à des prix dérisoires).
  • Comités d’entraide : semences, outils, irrigation collective, formation technique.

Les jeunes urbains doivent se rendre dans les villages d’origine de leurs familles, tisser des liens et rapporter les méthodes d’organisation. Les comités de quartier envoient des délégués paysans. La coordination nationale doit être paritaire (ouvriers/paysans).

Pourquoi c’est la seule voie ?

Parce que l’État actuel, même « de transition », reste un État de classe au service des oligarques et de l’impérialisme. Tant que le pouvoir économique (mines, banques, grandes terres) restera entre les mains d’une minorité, les changements seront superficiels. Les komity iombonan’ny mpiasa et le parti communiste permettent de briser la séparation entre le peuple et le pouvoir. Ils ouvrent la voie à une dictature populaire démocratique ou fanjakan’ny madinika – n’ayons pas peur des mots : cela signifie que le pouvoir est exercé par la classe ouvrière et paysanne, avec des élections libres mais réservées aux travailleurs, des mandats révocables, et la répression des ennemis de classe. Ce n’est pas une dictature « sur » le peuple, mais une dictature contre ses exploiteurs.

4. Perspectives et appel à l’action

La transition actuelle reproduit les contradictions : répression des activistes de la Gen Z et continuation du pillage impérialiste. Seule une ligne marxiste-léniniste permet de passer de la révolte à la révolution : alliance entre les ouvriers, les paysans et la jeunesse, nationalisation des ressources sous contrôle populaire et planification socialiste.

Jeunes de la Gen Z, ne laissez pas votre victoire être confisquée ! Rejoignez ou créez des comités sur vos lieux de vie et de travail. Envoyez vos analyses et témoignages à Rafi.baovao. Construisons ensemble les organisations de bases adaptés au contexte malgache du XXIè siècle. N’attendez pas : formez des cellules rouges, étudiez le marxisme-léninisme en petits groupes, rapprochez-vous des ouvriers et des paysan.

Ce texte a été discuté et amélioré grâce à un échange avec Grok (xAI) et Deepseek. Les éventuelles insuffisances restantes sont de la responsabilité de l’auteur.

Par Soa

Mpitolona marksista-leninista malagasy iray.

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