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Et si… les électeurs n’étaient pas c*ns ? Contre le mépris de classe dans la critique de la politique malgache

Distribution d’ampoules LED, de riz, promesses populistes : telles sont les actions entreprises par le pouvoir sortant pour s’assurer le soutien de la population. Qui n’a pas remarqué les parasols, les cuvettes et les ampoules LED orange partout dans le quartier ? Pourtant, lors des manifestations menées par la Génération Z en 2025, une grande partie de la population a soutenu directement ou indirectement les manifestants, notamment dans les quartiers d’Ankatso, d’Ambohipo et d’Antaninandro, en les cachant ou en leur indiquant le meilleur chemin pour éviter les forces de l’ordre.

Il est intéressant de se demander pourquoi la politique charitable du pouvoir sortant ne suffisait plus à satisfaire les plus défavorisés qu’il essayait de soudoyer. Ceux qui ont un profond mépris de classe les accuseront, bien évidemment, d’être un bloc d’ignorants et de manipulés, facilement satisfaits de la charité organisée par les politiques malgaches. Chez Rafi.baovao, nous croyons au contraire que ces masses défavorisées choisissent les seuls politiques capables de les représenter face à la classe moyenne, qui est insensible aux problèmes matériels, mais se préoccupe davantage de la bonne gouvernance et de la corruption. Nous croyons qu’ils ont une rationalité et que c’est cette rationalité matérialiste qui est capable de porter un projet révolutionnaire à Madagascar, et non la rationalité idéaliste de ceux qui les méprisent.

Et si les électeurs votaient par défaut, et non par ignorance ?

Beaucoup célèbrent la chute du pouvoir socialiste en 1991 à Madagascar comme l’entrée dans une ère démocratique, après des années de « dictature ». Il apparaît pourtant actuellement que cette démocratie libérale tant promue par les ennemis de la révolution socialiste ne profite qu’à une certaine catégorie de la population malgache : la bourgeoisie. Tout est en effet fait pour que les plus fortunés, tels que les hommes d’affaires et les banquiers, y participent : cela se manifeste, par exemple, par la mise en place d’une caution très élevée, fixée à 200 millions d’ariary en 2023 par décret gouvernemental pour la présidentielle, soit quatre fois plus qu’en 2018, et remboursable si le candidat obtient au moins 10 % des voix. Pour les sénatoriales de 2025, la caution est de 60 millions d’ariary, soit quatre fois plus qu’en 2020 (15 millions d’ariary), et pour les législatives, elle est de 20 millions d’ariary. Ces montants excluent de fait les organisations de masse sans gros financements de la participation aux élections. Les coûts des campagnes découragent également ces organisations.

Tout cela se passe dans un contexte de pauvreté extrême (PIB par habitant d’environ 500 à 600 USD, 80 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté internationale entre 2023 et 2025) et de précarité (chômage des jeunes supérieur à 50 %, informel supérieur à 90 % généralisé à Madagascar). Dans ce contexte, il est difficile de s’attendre à ce qu’une alternative populaire porte les aspirations du peuple aux institutions républicaines, à moins que celles-ci ne se présentent comme un organe sans pouvoir, consulté de temps en temps et invité aux réunions importantes pour faire semblant de les inclure, sans jamais leur laisser le moindre pouvoir, ou alors le minimum. Par conséquent, ce sont les bourgeois qui se présenteront aux élections pour représenter l’État et défendre les intérêts de leur marché et de leurs partenaires. D’ailleurs, vous remarquerez que l’antagonisme entre les bourgeois qui aspirent au pouvoir n’est qu’une façade. Les alliances postélectorales entre bourgeois prétendument antagonistes prennent tout le monde de revers. Dans ce cadre verrouillé, le choix qui s’impose aux masses est utilitaire : quelle section de la bourgeoisie malgache nous promet le mieux, à nous, masses exclues de tout jeu de pouvoir ?

Les masses sont donc accusées de voter de manière matérialiste. Ce sont les clientélistes qui paient ou donnent le plus qui sont élus. Les gentils aux grands principes sont oubliés. Ce qui est ridicule dans ce genre de réflexion, c’est que la classe moyenne, pourtant plus sensible à l’apolitisme, croit qu’un candidat aux grands principes de bonne gouvernance, qui a la volonté de combattre la corruption, mérite de diriger. Telle est la vision politique de cette classe moyenne apolitique. Marx dirait qu’ils rêvent d’améliorer un système qui génère de la misère. Ils estiment aussi que tant que les masses ne partagent pas leurs idées, elles ne comprennent rien à la politique. Ils estiment également que cette masse populaire, supposément incompétente (moins compétente qu’eux, selon leur imaginaire), ne devrait pas pouvoir voter aux élections. Ce qu’ils ne comprennent pas, ces prétentieux, c’est que les masses choisissent justement celui qui apporte plus que l’autre candidat, tout en étant conscientes que les élections à Madagascar n’apportent pas de changement réel dans leurs conditions matérielles. C’est un constat que nous, les marxistes malgaches, partageons avec eux. L’amélioration des conditions matérielles des plus démunis n’est qu’un objectif de façade pour les politiques malgaches, pendant les campagnes électorales et les campagnes de stabilisation de la colère populaire.

Pour la classe moyenne, les élections ont plutôt une valeur idéale ; il importe peu à ces gens-là que les candidats proposent de réelles améliorations des conditions de vie des citoyens et des non-citoyens malgaches. Ce qui leur importe, c’est d’avoir davantage de liberté d’action en tant que société civile. Ils n’ont même pas de positions à eux ; ils ne font que répéter ce que la société civile leur fait avaler. Ils soutiennent ainsi des propositions de politiques de transparence sur les données stockées par les services publics ou de lutte contre la corruption. Cela reflète leur propre position dans la société : ils aspirent à devenir bourgeois, et pour y parvenir, il faut que le jeu soit juste. Ils ne comprennent pas qu’il existe un tout autre monde au-delà du capitalisme. Ce n’est pas moins noble en soi, et nous ne portons pas de jugement moral sur quiconque. Mais nous sommes tous conscients de la dimension classiste de ces aspirations. On peut affirmer sans problème que cela constitue un affrontement ouvert entre les classes. Les classes les plus laborieuses n’aspirent, de leur côté, qu’à l’amélioration de leurs conditions de travail, surtout chez les syndicalistes. Pour les non-syndiqués, il est évident qu’ils souhaitent bénéficier de davantage d’opportunités pour améliorer leur propre condition de vie. En 2026, affirmer que l’objectif d’une élection est de placer des candidats qui amélioreront concrètement la condition de vie de l’électeur, de ses proches, de sa classe et enfin de la nation ne devrait plus être sujet à indignation.

Oui, le vote devrait être matérialiste, et ceux qui disent le contraire sont objectivement des ennemis du peuple, car ils se mentent à eux-mêmes si ces grands principes qu’ils promeuvent ne sont pas justement en leur faveur, malgré « l’anoblissement » de leurs aspirations.

Le système produit la médiocrité, ce n’est pas un défaut individuel

Ce qui est frappant dans la critique habituelle des politiques malgaches, c’est l’insinuation de leur stupidité. Comme on le dit souvent, les élites malgaches (un bien grand mot, car il désigne paradoxalement la compétence) ne sont pas stupides. Ce serait leur enlever une part de responsabilité dans les actions et politiques publiques qu’ils ont menées à Madagascar. Non, nous les tenons entièrement responsables des prétendues bêtises qu’ils ont commises. Ils ne sont pas stupides, ils défendent un intérêt de classe.

Tout cela repose en réalité sur un concept machiavélien important : le maintien du pouvoir. Ce que la classe moyenne interprète comme de la stupidité, car cela semble irrationnel face à leur ambition de s’embourgeoiser, sont en fait des décisions politiques conscientes et rationnelles pour conserver le pouvoir. La fenêtre de la classe moyenne pour s’élever reste entrouverte, mais elle s’en plaint uniquement parce que c’est difficile. Outre l’enjeu du maintien du pouvoir de la bourgeoisie sur le reste de la société, il s’agit également de la reproduction du système et de la classe bourgeoise. C’est ce qui la conduit à prendre des décisions qui paraissent stupides et réactionnaires, et qui nuisent parfois à l’intérêt général de la nation. Et c’est tout à fait logique, juste et raisonnable pour la classe dirigeante. L’incompréhension de cette réalité repose en grande partie sur l’incompréhension de la société malgache en termes de classes. Oui, nous ne sommes pas une exception à l’échelle internationale. Crier constamment au fihavanana ne le rendra pas plus réel. La réalité est antagonique : les classes s’affrontent constamment et seul le pouvoir de la classe exploitée sur la société pourra résoudre cet antagonisme. Ce n’est qu’à ce moment-là que le fihavanana sera possible.

Les « bons » politiciens n’ont pas d’alternatives, ils proposent une alternance

Tout cela repose en réalité sur un concept machiavélien essentiel : le maintien du pouvoir. Ce que la classe moyenne interprète comme de la stupidité, car cela semble irrationnel face à son ambition de s’embourgeoiser, sont en réalité des décisions politiques conscientes et rationnelles visant à conserver le pouvoir. La fenêtre de la classe moyenne pour s’élever reste entrouverte, mais elle se plaint uniquement parce que c’est difficile. Outre l’enjeu du maintien du pouvoir de la bourgeoisie sur le reste de la société, il s’agit également de la reproduction du système et de la classe bourgeoise. C’est ce qui la conduit à prendre des décisions qui paraissent stupides et réactionnaires, et qui nuisent parfois à l’intérêt général de la nation. Et c’est tout à fait logique, juste et raisonnable pour la classe dirigeante. L’incompréhension de cette réalité repose en grande partie sur une méconnaissance de la société malgache en termes de classes. Oui, nous ne sommes pas une exception à l’échelle internationale. Crier constamment au fihavanana ne le rendra pas plus réel. La réalité est antagonique : les classes s’affrontent constamment, et seul le pouvoir de la classe exploitée pourra résoudre cet antagonisme. Ce n’est qu’à ce moment-là que le fihavanana sera possible.

Au vu de la réalité politique nationale actuelle à Madagascar, je suis personnellement tenté de dire qu’un parti des masses pour les masses, avec de vrais gens de la masse comme membres, serait le seul à même de formuler un tel programme et une telle solution politique pour Madagascar. Il faudrait sans doute explorer cette possibilité. Cela ne pourrait pas être pire que ce que nous proposent la bourgeoisie et la petite bourgeoisie en politique actuellement. Nous pourrions peut-être obtenir un véritable changement, et un changement radical. Un changement dans le sens où l’on nous proposerait des projets comme l’industrialisation rapide du pays ou la redistribution des terres aux paysans. Autrement dit, le contrôle de la production appartiendrait au peuple, aux producteurs eux-mêmes, ceux qui l’étendraient à toute la nation jusqu’à ce que plus personne ne soit improductif. Nous ne devons rien attendre des politiques actuels. Mais nous devons nous préparer à faire de la politique nous-mêmes. En effet, seuls nous, ISIKA, dans la même situation, sommes capables de formuler un programme politique pour nous-mêmes.

Pour conclure,

C’est sur cette idée que nous conclurons notre texte. Ce n’est pas en changeant de visage, en élisant un autre bourgeois, que nous changerons notre vie, nos conditions de vie et nos conditions matérielles. C’est en construisant, en rejoignant et en renforçant nos organisations de masse. Il s’agit des syndicats, des associations de base (comme l’association des femmes d’une communauté donnée), des coopératives paysannes, des organisations étudiantes, etc. Pour ne pas limiter l’action politique à ce qui est trop complexe, tout peut constituer le début d’une organisation de masse : un groupement de collègues de travail, de voisins, etc. Cela commence par des échanges sur nos conditions de vie actuelles : le coût de la vie, la difficulté à scolariser les enfants, le harcèlement subi par les femmes, la question du loyer, etc. Autant de sujets insignifiants pour les bourgeois et les petits bourgeois, mais qui sont au cœur de nos difficultés quotidiennes. C’est en discutant de ces sujets collectivement que l’on développe une politique ancrée dans le réel, ancrée dans nos besoins de madinika, de sans-pouvoir.

Chez Rafi.baovao, nous encourageons toutes les initiatives visant à mettre en avant ces réalités révoltantes. Il faut continuer à promouvoir notre indignation et nos solutions, et imposer nos thèmes dans l’espace public, afin que les politiques, et non les laquais de la bourgeoisie, s’en emparent et combattent pour nos positions.

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