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Asa soratra - Textes écrites Édito

Critique de l’identité politique dans les milieux politiques malgaches

Pourquoi j’en parle en 2026 ? Parce que le capitalisme malgache, comme partout ailleurs, crée la pauvreté et la rareté. Pénuries d’eau, d’électricité, de pain : la colère est légitime. Mais au lieu d’unir les classes subalternes contre la bourgeoisie compradore et l’impérialisme, on divise sur des critères tels que le corps de métier, le genre, l’ethnie, la religion, etc. Légitimer son droit d’accès aux ressources par son appartenance à un groupe social spécifique ne changera pas Madagascar.

Le capitalisme périphérique crée une compétition pour la survie : l’émigration vers l’Europe ou les États-Unis permet d’assurer sa sécurité financière, mais cet accès est bien sûr limité pour les moins chanceux. Le corporatisme des techniciens et des diplômés exclut les travailleurs informels et indépendants des marchés. Les femmes sont discriminées dans les domaines de l’émigration, de l’emploi et de l’accès au foncier. Le régionalisme : l’État central s’accapare tous les pouvoirs politico-bureaucratiques à Antananarivo, ne laissant pas assez d’autonomie aux autres régions, et reléguant le sud (Androy, Anosy, où le taux de pauvreté est supérieur à 90 %) et l’est (région touchée par les cyclones) à la traîne. En conséquence, des organisations diasporiques, des syndicats, des associations de jeunes et de femmes, ainsi que des associations d’« originaires », créent des groupes de solidarité et d’autodéfense opportunistes entre les personnes se sentant proches en raison de leurs similitudes. Malheureusement, cette solidarité s’appuie sur une base libérale, dont l’objectif politique est d’améliorer un système qui crée de la misère, plutôt que de le changer. La priorité est alors de se sauver soi-même sous couvert d’un collectif, et au moment où l’objectif sera atteint, les similaires seront aussitôt écrasés.

Que faire alors ? Les communistes proposent quelque chose de nouveau par rapport à l’existant et aux mécanismes de défense actuels. Et si l’on se rassemblait autour d’un pacte égalitaire plutôt que de perpétuer un système qui se reproduit grâce à la misère d’une grande partie de la population qui y participe ? Les diverses identités ethniques, corporatistes, genrées, etc., du moins ceux qui essaient de résister, même de manière individualiste et opportuniste, constituent en partie la classe ouvrière. Et si l’on s’unissait sur la base d’intérêts de classe pour penser un projet qui aspire à créer une prospérité commune ? Un État qui favorise la croissance économique pour augmenter l’accès de tous les citoyens aux ressources et aux opportunités, tout en se dressant comme un filet de secours fort pour les plus vulnérables. Un projet audacieux qui vise à vaincre la pauvreté plutôt que de consentir à la condamnation d’une partie de la population à la pauvreté et à la légitimation de l’extravagance d’une autre. Cet horizon égalitaire a déjà été proposé à l’Est avec un franc succès. L’extrême pauvreté est du passé en Chine, et il est possible d’arracher plus de 800 millions de personnes à l’extrême pauvreté lorsque l’État bourgeois est remplacé par un État ouvrier et nationaliste qui s’engage à combattre la pauvreté en développant les forces productives nationales. Cet horizon égalitaire a un nom : le socialisme.

L’éparpillement de la classe ouvrière, qui peut s’expliquer par l’absence d’un projet politique fédérateur, se manifeste à travers des causes identitaires, corporatistes ou opportunistes. L’idée n’est cependant pas de rassembler tout le monde derrière une organisation unique, ce qui constituerait un second piège. L’idée est que chaque organisation, qui défend les intérêts d’une partie de la classe ouvrière au détriment d’autres, propose ses solutions, ses programmes ou ses revendications, qui pourront être repris par une organisation d’avant-garde capable de les synthétiser en un programme politique transformateur pour Madagascar. Le socialisme se construit par la participation collective de la classe ouvrière. L’objectif est de créer un mouvement politique qui portera le programme socialiste à Madagascar, à partir de la diversité des organisations. Contrairement à 1972 ou 1975, le socialisme deviendra un projet de masse et non un projet de palais, et il sera imposé par la majorité à la minorité, et non l’inverse. Telle est notre idée du changement pour Madagascar. Tant que la question de l’impérialisme n’est pas sur la table, le changement n’est pas non plus à l’horizon de la lutte. Et bien que populaire ou réformatrice, la lutte n’atteint pas encore le niveau de développement que nous attendons pour le changement que nous attendons. Cela ne signifie pas pour autant que les communistes malgaches devraient rester en retrait des luttes réelles ; il faut au contraire qu’ils les suivent de près et qu’ils ne s’isolent pas du peuple à cause d’un dogmatisme ou d’un sectarisme. Ces mouvements, indépendamment de leur dimension opportuniste ou individualiste, bougent les lignes et activent les masses. Il faut donc être présent sur ces fronts, tout en gardant à l’esprit le projet socialiste, et en participant activement pour que ces mouvements rapprochent ses propres ouvriers, car cela nous rapproche de notre objectif final.

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